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11 jun 2008 

Le cancer du col utérin serait peu commun chez les femmes séropositives, révèle une étude américaine

Dans les pays à revenu élevé comme le Canada, la grande accessibilité de la multithérapie antirétrovirale a donné lieu à un déclin spectaculaire des maladies et des décès attribuables au VIH, du moins chez les personnes qui arrivent à tolérer et à suivre fidèlement ces traitements. Toutefois, la multithérapie ne parvient pas à restaurer complètement le fonctionnement du système immunitaire. Ainsi, bien que les infections potentiellement mortelles soient rares chez les patients en multithérapie, d’autres problèmes, telle l’apparition de tumeurs, pourraient devenir plus fréquents à mesure que les personnes séropositives (PVVIH) prennent de l’âge.

Une des raisons pour l’augmentation du risque de cancer réside dans le fait que beaucoup de PVVIH sont co-infectées par le VPH (virus du papillome humain) et des virus de l’herpès qui sont susceptibles de causer le cancer. En particulier, le VPH peut provoquer la croissance de cellules anormales dans l’anus, le col de l’utérus et le pénis. Dans certains cas, ces cellules anormales peuvent se transformer en lésions précancéreuses, voire en tumeurs. Alors, pour protéger la santé des PVVIH, il faut évaluer régulièrement ces tissus afin de relever toute anomalie cellulaire.

Depuis 1994, une équipe de chercheurs américains évalue la santé du col utérin de plus de 2000 femmes atteintes du VIH et d’autres femmes courant un risque élevé de contracter le VIH. Ses résultats laissent croire que, à long terme, l’apparition de cellules anormales sur le col utérin est un événement courant chez les femmes séropositives. Toutefois, les cas de cancer du col ne seraient pas fréquents.

Détails de l’étude

Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux femmes recrutées pour leur étude entre 1994 et 1995 qui y sont restées jusqu’à la fin de 2004. Dans le cadre de cette étude, les femmes ont fait l’objet des examens suivants tous les six mois :

  • interview détaillée au sujet de leur vie sociale et de leurs antécédents sexuels;
  • examen physique;
  • examen gynécologique;
  • test Pap.

Les résultats des tests Pap ont été classés comme suit :

  • négatif (aucune anomalie cellulaire détectée);
  • ASCUS  (cellules malpighiennes atypiques à caractère non déterminé);
  • LSIL (lésions malpighiennes intra-épithéliales de bas grade);
  • HSIL (lésions malpighiennes intra-épithéliales de haut grade);
  • cancer.

Toute femme dont le test Pap a donné un résultat anormal a ensuite subi une colposcopie et une biopsie. Si nécessaire, un traitement était offert pour combattre les lésions particulièrement anormales.

L’équipe a fondé son analyse sur des données portant sur la santé de 2477 femmes. La moyenne d’âge des femmes était de 43 ans et elles avaient le statut VIH suivant :

  • 1931 femmes séropositives;
  • 533 femmes séronégatives;
  • 13 femmes ont séroconverti durant l’étude.

Les principaux groupes ethnoraciaux représentés dans cette étude étaient les suivants :

  • 54 %– femmes noires;
  • 25 % – femmes hispaniques;
  • 18 % – femmes blanches.

Le profil tabagique des femmes était le suivant :

  • 57 % fumaient encore du tabac;
  • 16 % étaient des anciennes fumeuses.

Résultats—cancer du col utérin

La bonne nouvelle, c’est que le cancer du col utérin s’est révélé peu fréquent dans cette étude. Sur une période de 10 ans, chacun des 11 cas de cancer recensés s’est produit chez une femme séropositive dont le test Pap initial avait été anormal. Aucune des femmes dont le test Pap initial avait été négatif (aucune cellule anormale détectée) n’a présenté de cancer du col utérin.

Résultats—résultats anormaux au test Pap

Même si le cancer du col s’est produit peu fréquemment dans le cadre de cette étude, les femmes séropositives ont reçu davantage de résultats anormaux au test Pap. Voici un aperçu des proportions de femmes ayant présenté des lésions cervicales :

Tout résultat positif au test Pap

  • séropositives – 77 % des femmes;
  • séronégatives – 50 % des femmes.

LSIL

  • séropositives – 43 % des femmes;
  • séronégatives – 11 % des femmes.

HSIL (lésions précancéreuses)

  • séropositives – 4 % des femmes;
  • séronégatives – 1 % des femmes.

Ces différences entre les femmes séropositives et les femmes séronégatives sont significatives du point de vue statistique, c’est-à-dire non attribuable au hasard seulement.

En général, le risque de lésions cervicales anormales a diminué au fil du temps chez toutes les femmes figurant dans cette étude. Lors de chaque visite de suivi, cependant, 25 % des femmes séropositives ont reçu un résultat anormal au test Pap. Heureusement, la plupart des anomalies étaient de faible grade, ce qui veut dire qu’elles n’étaient ni cancéreuses ni précancéreuses.

D’autres études ont obtenu des résultats plus ou moins semblables auprès de femmes séropositives vivant dans des pays à revenu élevé.

Dans le cadre de la présente étude, l’incidence du cancer du col utérin aurait peut-être été plus élevée si les femmes n’avaient pas été recrutées dans un programme de dépistage du cancer du col où toute cellule anormale était rapidement détectée et, si nécessaire, détruite.

Étant donné le risque accru d’anomalies cellulaires que courent les femmes séropositives, les auteurs de cette étude font valoir que l’administration de tests Pap réguliers, voire fréquents, de colposcopies et de traitements (lorsque c’est nécessaire) contribuerait probablement à prévenir les cancers du col utérin invasifs.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

1. Strickler HD, Burk RD, Fazzari M, et al. Natural history and possible reactivation of human papillomavirus in human immunodeficiency virus-positive women. Journal of the National Cancer Institute. 2005 Apr 20;97(8):577-86.

2. Massad LS, Seaberg EC, Wright RL, et al. Squamous cervical lesions in women with human immunodeficiency virus. Obstetrics and Gynecology. 2008 Jun;111(6):1388-1393.

3. Massad LS, Seaberg EC, Watts DH, et al. Low incidence of invasive cervical cancer among HIV-infected US women in a prevention program. AIDS. 2004 Jan 2;18(1):109-13.