Nouvelles CATIE
18 aoû 2009
Tentative d'endiguer l'éclosion de cas de syphilis en Colombie-Britannique
Au cours de la dernière décennie, les taux de syphilis ont monté en flèche dans les pays à revenu élevé – le Canada ne faisant malheureusement pas exception à cette tendance. Les vagues de syphilis sont courantes et soutenues chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HRSH). Aux États-Unis, et peut-être ailleurs, les taux de syphilis chez les HRSH sont si élevés que certains chercheurs considèrent la syphilis comme étant épidémique au sein de cette communauté.
La syphilis est le nom donné à une infection causée par la bactérie T. pallidum. Les bactéries de cette souche peuvent se transmettre selon les façons suivantes :
- baisers;
- contacts sexuels anaux, oraux ou vaginaux;
- partage d'aiguilles et d'autre matériel de consommation de drogues;
- de la mère au fœtus pendant la grossesse ou à son enfant au moment de l’accouchement.
Les tréponèmes – germes responsables de la syphilis – peuvent provoquer de l’inflammation, des ulcères ou des lésions à la surface comme l'intérieur des organes génitaux, du rectum et de la bouche. Or ces plaies peuvent servir de point d'entrée intracorporel au VIH et à d'autres infections transmises sexuellement (ITS). Une fois dans le corps, les tréponèmes peuvent s’introduire dans le système lymphatique ou le système sanguin — tout comme le VIH. De là, en quelques heures ou quelques jours, les tréponèmes peuvent rapidement se répandre dans tout le corps et atteindre le cerveau, le cœur, le foie et d’autres organes ou systèmes corporels vitaux. Une fois à l'intérieur de ces organes ou systèmes, les tréponèmes lancent leur attaque et provoquent leur affaiblissement.
Les symptômes initiaux de la syphilis — tout particulièrement si les lésions ou les plaies sont à l'intérieur des organes génitaux ou du rectum — peuvent passer inaperçus, à tel point que les examens médicaux, les tests de dépistage et le traitement de la syphilis et d'autres bactéries sont d'une importance capitale dans le cas des personnes sexuellement actives.
Point de mire sur la Colombie-Britannique
Des chercheurs du Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique (le BCCDC) s'acharnent à étudier l'éclosion des cas de syphilis qui ne cessent de se propager dans cette province. Ces 10 denières années, la C.-B. a déployé un certain nombre de mesures dans le but de tenter de réduire le nombre de cas que fait cette maladie, notamment les suivantes :
- traiter un vaste nombre de personnes au moyen d'antibiotiques;
- contacter les partenaires sexuels des personnes ayant contracté la syphilis aux fins de dépistage et, le cas échéant, de traitement;
- mise sur pied d’un programme d'éducation en ligne concernant la syphilis;
- accent mis sur des activités à caractère éducatif portant sur la syphilis au sein de la communauté gaie;
- favoriser, à la grandeur de la province, une plus grande sensibilisation quant à la nécessité de se prêter à des tests de dépistage et, le cas échéant, de recevoir le traitement antisyphilitique qui s'impose.
En dépit de toutes ces mesures, les taux de syphilis qui prévalent en C.-B. sont au moins 10 fois plus élevés que ce qu'ils étaient il y a dix ans. Et un nombre croissant de personnes qui reçoivent un diagnostic de syphilis dans cette province avaient contracté cette maladie auparavant. Pour essayer de mieux comprendre la syphilis en C.-B., des chercheurs du BCCDC ont examiné des cas de syphilis diagnostiqués au cours des 10 dernières années dans le cadre d'une étude. Leurs résultats sont inquiétants et laissent entendre que des ressources supplémentaires sont nécessaires pour contribuer à endiguer cette épidémie d’ITS.
Détails de l'étude
Le BCCDC a analysé les données issues de 1 473 personnes qui avaient reçu un traitement antisyphilitique après avoir été diagnostiquées de la maladie entre 1995 et 2005.
Résultats — Réinfection
En tout, 88 personnes (6 % de la population étudiée) avaient contracté auparavant la syphilis et ont apparemment été infectées au moins une fois de plus.
En moyenne, il s'est écoulé un intervalle d'environ 15 mois entre les premier et second diagnostics de la syphilis.
Profil
Dans cette étude, l'analyse statistique a révélé que les personnes ayant le profil suivant sont particulièrement vulnérables à la réinfection par la syphilis :
- être séropositif à l'égard du VIH;
- avoir des antécédents d'infection par une autre ITS, notamment la gonorrhée et la chlamydiose;
- être d'une ethnie autochtone;
- être gai ou bisexuel.
Cette dernière constatation revêt un intérêt tout particulier puisque 74 % des personnes dans cette étude n'étaient ni gaies ni bisexuelles.
Un problème de taille
Dans l'étude du BCCDC, environ 6 % de personnes qui avaient contracté la syphilis dans le passé ont été réinfectées. Les données semblent indiquer que ce chiffre est passé à environ 10 % en 2006 (des informations plus récentes sur les taux de réinfection ne sont pas encore accessibles au public). Or comme l'équipe de chercheurs avait adopté une approche conservatrice dans sa définition de réinfection par la syphilis, il est très plausible qu'il y ait eu sous-estimation du nombre réel de cas.
Selon le BCCDC, en 2008, le taux global de syphilis demeurait toujours élevé, mais il semble qu'il se soit stabilisé à environ 330 nouveaux cas par année. La plupart de ces cas consistait en des hommes dont l'âge s'échelonnait entre 25 et 59 ans. Parmi ces hommes, environ 70 % étaient gais ou bisexuels. Et parmi ces hommes gais ou bisexuels, 60 % environ des cas déclarés de syphilis en 2008 sont survenus chez des hommes séropositifs.
Accent mis sur le VIH
Certaines personnes séropositives se livrent au « séro-triage » — pratique consistant à avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes d’un même statut face au VIH. Malheureusement, dans certains cas de séro-triage, c’est à tort qu’on croit que le port du condom est superflu, parce que la syphilis peut se transmettre à l'insu des personnes séropositives qui se prêtent à des rapports sexuels non protégés avec leurs partenaires. Le port du condom peut effectivement contribuer à réduire le risque d'infection et de propagation non seulement de la syphilis, mais aussi du virus de l'hépatite C et de bien d'autres bactéries qui risquent de donner lieu à des complications gravissimes.
L'équipe du BCCDC soupçonne que la syphilis est susceptible d'affaiblir le système immunitaire et de rendre certaines personnes davantage vulnérables à une infection ultérieure par les tréponèmes. Bien que cette hypothèse soit raisonnable, il faudra effectuer d'autres recherches afin de comprendre les répercussions à longue échéance de la syphilis sur le système immunitaire.
Étant donné l'apparent taux élevé des cas de réinfection observés dans cette étude, il pourrait s'avérer utile dans le cas des personnes séropositives à l'égard du VIH de se prêter à des tests plus fréquents de dépistage et, le cas échéant, de recevoir un traitement antisyphilitique encore plus agressif.
—Sean R. Hosein
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