La marijuana peut-elle réduire le risque de développement de stéatose hépatique? | CATIE - La source canadienne de renseignements sur le VIH et l'hépatite C
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Février 2018 

La marijuana peut-elle réduire le risque de développement de stéatose hépatique?

Compte tenu des voies de transmission partagées, la co-infection par le VIH et le virus de l’hépatite C (VHC) est relativement fréquente. Le VHC infecte et endommage le foie. Si l’infection par le VHC devient chronique, les dommages au foie s’étendent graduellement dans cet organe vital. À terme, le foie devient dysfonctionnel, ce qui cause des complications, comme un risque accru de cancer du foie, d’insuffisance hépatique et de décès.

Les personnes atteintes uniquement du VIH ou à la fois du VIH et du VHC peuvent avoir des risques accrus de développer une stéatose hépatique. Cette condition est une accumulation excessive de gras (stéatose) qui peut endommager le foie. Si la cause de l’accumulation du gras dans le foie n’est pas résolue, le foie devient endommagé et, avec le temps, cet endommagement causé par la stéatose s’étend dans l’organe. Cela peut entraîner de sérieuses complications.

Selon une équipe de chercheurs en France, certaines personnes co-infectées ont des facteurs de risque qui augmentent leurs probabilités de développer une stéatose hépatique, y compris :

  • l’exposition à un ou plusieurs médicaments d’un ancien groupe de médicaments contre le VIH, surnommés « médicaments d-ddC (Hivid), ddI (Videx, didanosine) et d4T (Zerit, stavudine) »
  • la consommation excessive d’alcool
  • la présence de prédiabète ou de diabète
  • l’infection par une souche de VHC appelée le génotype 3

Dans une étude précédente, les chercheurs français ont découvert que certaines personnes co-infectées qui consommaient de la marijuana sur le long terme avaient un risque réduit de développer une condition de prédiabète. Une association similaire a été constatée dans les situations de consommation de marijuana par les personnes sans le VIH ni co-infection par le VIH et le VHC. Les chercheurs ont donc soupçonné que l’exposition à la marijuana pourrait réduire le risque de stéatose hépatique. Pour explorer cette situation, ils ont mené une étude observationnelle auprès de 838 personnes co-infectées par le VIH et le VHC. Les chercheurs ont utilisé des échographies du foie. Les participants visitaient régulièrement des cliniques d’études où des tests supplémentaires étaient effectués et des sondages au sujet de la consommation de marijuana, réalisés.

Les chercheurs ont découvert que les participants qui avaient rapporté une consommation quotidienne de marijuana avaient un risque réduit de développer une stéatose hépatique. Une étude américaine beaucoup plus élargie avec des personnes non atteintes de VHC ni du VIH, dont aucune ne consommait de l’alcool de façon excessive, a également découvert que les consommateurs de marijuana avaient un risque réduit de développer une stéatose hépatique.

À garder en tête

Les deux études, française et américaine, étaient de conception observationnelle. De telles études ne peuvent pas prouver un lien « de cause à effet ». Ainsi, elles ne peuvent pas prouver que l’exposition à la marijuana entraîne une réduction du risque de stéatose hépatique. Toutefois, ces études constituent des bases solides auxquelles les études robustes (et dispendieuses) sur la marijuana peuvent se fier.

Dans l’étude française, les chercheurs ont découvert que la consommation quotidienne de marijuana était la fréquence apparemment bénéfique. Cependant, dans l’étude américaine, les chercheurs ont posé des questions moins précises, alors la quantité de marijuana qui pourrait être nécessaire pour avoir un effet sur la prévention de la stéatose hépatique est peu claire. Les prochaines études sur la marijuana avec des personnes co-infectées doivent minimalement poser les questions suivantes :

  • Quelles souches de marijuana ont été utilisées?
  • Quel était le mélange relatif de cannabinoïdes dans ces souches?
  • Comment la marijuana était-elle consommée — fumée, ingérée (produits comestibles) ou vaporisée?
  • Quelles étaient la quantité de marijuana consommée et la fréquence de la consommation?
  • La marijuana a-t-elle interagi avec le TAR ou les autres médicaments couramment utilisés par les personnes co-infectées?
  • Y a-t-il des différences dans les effets de la marijuana selon les genres?

Ressources :

Une étude française laisse soupçonner que la marijuana peut réduire le risque de diabèteNouvelles CATIE

Un sondage canadien compare l'utilisation de la marijuana en fonction de diverses affections médicalesNouvelles CATIE

L’alcool et non la marijuana est associé aux dommages hépatiques chez les femmes atteintes du VIH et de l’hépatite CNouvelles CATIE

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Nordmann S, Vilotitch A, Roux P, et al. Daily cannabis and reduced risk of steatosis in human immunodeficiency virus and hepatitis C virus-co-infected patients (ANRS CO13-HEPAVIH). Journal of Viral Hepatology. 2018 Feb;25(2):171-179.
  2. Kim D, Kim W, Kwak MS, et al. Inverse association of marijuana use with nonalcoholic fatty liver disease among adults in the United States. PLoS One. 2017 Oct 19;12(10):e0186702.

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