Point de mire sur la prévention

Automne 2020 

Quels sont les défis et les circonstances opportunes associés à la mise en œuvre de l’autodépistage du VIH au Canada?

par Erica Lee

L’autodépistage est une stratégie qui pourrait étendre la portée du dépistage du VIH au Canada, où 14 % des personnes vivant avec le virus ne seraient pas au courant de leur statut, selon les estimations.1 L’autodépistage du VIH s’effectue déjà dans d’autres pays, que ce soit à domicile par des acheteurs d’autotests individuels ou encore dans le cadre de programmes de dépistage du VIH. Dans ces endroits, on a recours à l’autodépistage comme complément aux méthodes de dépistage conventionnelles. Cet article résume les trouvailles d’une revue de la littérature qui a examiné les défis et les occasions favorables associés à l’autodépistage du VIH, ainsi que les données probantes à l’appui de solutions susceptibles de favoriser la réussite de la mise en œuvre de l’autodépistage du VIH au Canada.2

Qu’est-ce que l’autodépistage du VIH?

Pour faire l’autodépistage du VIH, une personne prélève son propre échantillon, puis elle effectue le test et en interprète le résultat elle-même.3Pour certains autotests de dépistage, on utilise un liquide buccal, alors que d’autres nécessitent un échantillon de sang prélevé par piqûre du doigt. Tout résultat positif à l’autotest nécessite qu’un deuxième test soit effectué par un testeur formé afin de confirmer le diagnostic.

L’autotest de dépistage du VIH INSTI, un test de sang prélevé par piqûre du doigt servant au dépistage du VIH, a été homologué pour son utilisation au Canada. L’utilisation de ce test est également autorisée au Canada pour le dépistage du VIH aux points de service.

Quels facteurs la revue de la littérature a-t-elle examinés?

Une revue de la littérature a été effectuée pour examiner les défis et les circonstances opportunes éventuels se rapportant à l’utilisation de l’autodépistage du VIH, ainsi que les solutions que les données probantes semblent proposer pour relever les défis potentiels. La revue a été effectuée pour orienter l’utilisation plus large de l’autodépistage du VIH aux États-Unis, mais elle aborde des facteurs et des enjeux qui s’appliquent également au Canada.

La revue a mis l’accent sur quatre éléments centraux :

  • une comparaison du rendement des tests de liquide buccal à celui des tests de sang
  • l’acceptabilité de l’autodépistage et la volonté des gens de payer les tests
  • la capacité des autotests de dépistage à joindre les personnes n’ayant pas recours aux méthodes de dépistage du VIH conventionnelles
  • le counseling précédant le test, le counseling d’après test et l’arrimage aux soins

Pour en savoir plus sur les données résumées ci-dessous, veuillez consulter l’article de revue d’origine intitulé Bringing HIV Self-Testing to Scale in the United States: a Review of Challenges, Potential Solutions, and Future Opportunities.2

Quels sont les bienfaits potentiels de l’autodépistage du VIH?

La revue de la littérature a permis de reconnaître plusieurs avantages à l’autodépistage du VIH. Parmi ceux-ci se trouvent la facilité d’utilisation, la commodité, la protection de la vie privée, la capacité à déjouer la stigmatisation empêchant certaines personnes d’avoir recours aux approches de dépistage conventionnelles et la possibilité d’intégrer l’autodépistage dans des programmes.

Puisque l’autodépistage du VIH permet de surmonter certains obstacles au dépistage conventionnel, il offre la possibilité de communiquer avec des personnes qui se font rarement tester selon les formes de dépistage habituelles et augmentera potentiellement la fréquence des dépistages parmi les personnes insuffisamment testées.

Quels sont les défis et les opportunités potentiels associés à l’autodépistage du VIH?

Une comparaison du rendement des autotests de liquide buccal à celui des autotests de sang

L’une des préoccupations principales concernant l’autodépistage du VIH se rapporte au rendement et à la fiabilité des tests utilisés. La revue de la littérature révèle que les autotests de dépistage du VIH sont très fiables :

  • Les individus sont en mesure d’effectuer les autotests de liquide buccal et de sang aussi efficacement que les travailleurs de la santé.
  • Les autotests de sang sont plus efficaces pour déterminer correctement un résultat séropositif que les autotests de liquide buccal; autrement dit, les tests de sang ont une meilleure sensibilité (moins de résultats faussement négatifs).
  • Les autotests de sang sont plus efficaces pour déterminer correctement un résultat séronégatif que les autotests de liquide buccal; autrement dit, les tests de sang ont une meilleure spécificité (moins de résultats faussement positifs).
  • Bien que les autotests de sang aient une meilleure sensibilité et une meilleure spécificité que les autotests de liquide buccal, le risque que le résultat d’un test de sang soit invalidé par une erreur commise par l’utilisateur ou le fabricant est plus élevé; notons à ce propos la possibilité que l’échantillon de sang prélevé soit insuffisant, contrairement à l’échantillon de liquide buccal. Il est important que les trousses d’autodépistage du VIH incluent des instructions sur le prélèvement efficace des échantillons.
  • Les autotests de sang peuvent détecter l’infection au VIH plus tôt que les autotests de liquide buccal; autrement dit, ils ont un délai de séroconversion plus court.

La revue a également révélé que les personnes qui choisissent l’autodépistage préfèrent les prélèvements de liquide buccal aux prélèvements de sang. Étant donné que le premier autotest de dépistage du VIH homologué au Canada est un test sanguin, il sera important que les ressources éducatives et promotionnelles sur l’autodépistage tiennent compte de la volonté des clients d’utiliser un test nécessitant un prélèvement de sang par piqûre du doigt. Selon la revue, une manière d’aborder cette préoccupation consisterait à offrir conjointement le dépistage d’autres infections transmissibles sexuellement, car la possibilité d’effectuer plusieurs tests en même temps fait en sorte que la piqûre du doigt devient plus acceptable aux yeux de certains utilisateurs.

L’autodépistage du VIH autorisé au Canada est l’autotest INSTI, un test de dépistage du VIH de troisième génération. Selon la revue, les autotests de sang de troisième génération ont un délai de séroconversion d’à peu près 22 jours. Le taux de sensibilité de ce test va de 96,2 % à 99,8 %, et le taux de spécificité va de 98,2 % à 99,8 %. Ces chiffres veulent dire que le test offre un haut degré de fiabilité.

L’acceptabilité de l’autodépistage et la volonté des gens de payer les tests

Une autre préoccupation éventuelle soulevée par l’autodépistage du VIH réside dans l’acceptabilité de cette méthode aux yeux des populations à risque, ainsi que dans la volonté des utilisateurs de payer les tests. La revue a révélé que les autotests de dépistage du VIH étaient considérés comme acceptables par un éventail de populations à risque différentes, y compris les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les travailleurs du sexe, les personnes qui utilisent des drogues et les femmes trans.

Dans les contextes à revenu élevé, les individus étaient plus disposés à payer un autotest de dépistage du VIH à usage unique que dans les contextes à revenu intermédiaire ou faible, même si les auteurs ont souligné qu’il était difficile de comparer la volonté de payer dans les études en raison de l’utilisation de différentes mesures des prix. Une manière de surmonter les obstacles liés au coût consisterait à utiliser des fonds publics pour fournir gratuitement des autotests ou encore à subventionner le coût des tests. La revue a permis de constater que la distribution de trousses de dépistage par le système de santé public supprimait les obstacles d’ordre financier et aidait à atteindre les groupes socioéconomiques plus faibles.

La capacité des autotests de dépistage de joindre les personnes n’ayant pas recours aux méthodes de dépistage du VIH conventionnelles

Une occasion potentielle associée à l’autodépistage du VIH réside dans sa capacité de joindre les populations qui ne sont pas desservies par les méthodes de dépistage conventionnelles à l’heure actuelle. La revue a révélé que l’autodépistage du VIH pouvait aider à communiquer avec des personnes qui se faisaient tester pour la première fois, des personnes qui autrement n’auraient pas passé de test de dépistage et des personnes qui se faisaient tester insuffisamment (c’est-à-dire moins fréquemment que recommandé par les lignes directrices). Cela nous indique la capacité de l’autodépistage du VIH à compléter les approches de dépistage conventionnelles et d’offrir une nouvelle manière de contacter les personnes non diagnostiquées et de les arrimer aux soins et au traitement.

En particulier, les approches fondées sur l’apport des pairs ou la distribution secondaire de trousses d’autodépistage, où les gens partagent des trousses avec les membres de leurs réseaux, se sont révélées efficaces à contacter les personnes se faisant tester pour la première fois. Les autres dispositifs de distribution des autotests de dépistage du VIH incluent l’Internet, les centres de santé publique et les cliniques, par contre il convient de réaliser davantage de recherche pour déterminer les meilleures méthodes de distribution.

La revue a souligné le potentiel des interventions réalisées par téléphone mobile (p. ex., mHealth ou santé mobile) pour améliorer les taux d’autodépistage du VIH parce qu’elles offrent des rappels automatisés (par texto, par exemple) et augmentent les communications avec les clients sans imposer de fardeau au système de santé.

Le counseling précédant le test, le counseling suivant le test et l’arrimage aux soins

Un dernier intérêt soulevé par l’autodépistage du VIH réside dans sa capacité d’incorporer du counseling avant le test et après celui-ci et l’orientation subséquente des clients vers un test de confirmation et des soins. Selon la revue de la littérature, plusieurs méthodes ont été utilisées pour incorporer du counseling avant le test dans l’autodépistage, y compris l’inclusion d’encarts dans les trousses de dépistage, les lignes d’écoute, les messages texte par téléphone, les sites Web, les applis, le counseling par vidéo et des vidéos préenregistrées en ligne. Les auteurs de la revue n’ont pas été en mesure de comparer les méthodes de counseling précédant le test précisément ni d’en recommander une en particulier, il faudra davantage de recherche pour évaluer leur efficacité.

Les auteurs ont pourtant souligné que la disponibilité de diverses méthodes d’offre de counseling avant le test donnait aux prestataires de services l’occasion de respecter les préférences des différentes populations en matière de counseling précédant le test. L’option de faire un autotest de dépistage du VIH sans counseling précédant le test pourrait convenir aux personnes qui ont déjà reçu du counseling à plusieurs reprises avant le test. L’autodépistage pourrait rendre le processus plus efficace en évitant la répétition de messages déjà connus des gens, tout en augmentant potentiellement la fréquence des dépistages.

La revue a déterminé qu’il existait plusieurs méthodes pour offrir du counseling après le test, y compris l’insertion d’encarts dans les trousses, les lignes d’écoute et les outils en ligne destinés aux utilisateurs, telles les vidéos.

On a trouvé que l’arrimage aux soins était sous-optimal pour les personnes recevant un résultat réactif lors d’un autotest du VIH, à moins qu’une méthode de counseling suivant le test, fondée sur des données probantes, ne soit utilisée. La revue a souligné nombre de méthodes actives pour réussir l’arrimage aux soins suivant le test, y compris un suivi personnel effectué par un prestataire de services formé utilisant des approches comme un message texte ou un coup de fil. Les auteurs ont également souligné des méthodes passives d’arrimage aux soins, telles que la distribution de brochures et de circulaires, les lignes d’écoute, les services de messagerie texte, les bons d’échange et les coupons et les cartes de rendez-vous et d’orientation.

Les méthodes actives et passives sont toutes deux incluses dans les lignes directrices sur l’autodépistage de l’Organisation mondiale de la Santé et sont décrites comme potentiellement efficaces, bien que les données probantes soient limitées.3

Les auteurs de la revue ont souligné le potentiel de mHealth de faciliter l’arrimage aux services de prévention à la suite d’un autotest de dépistage du VIH non réactif, c’est-à-dire négatif. D’autres recherches sur l’utilisation de mHealth dans l’éducation à la prévention sont nécessaires.

Quelles sont les implications pour les prestataires de services?

Les données probantes présentées dans cette revue mettent en évidence les défis, les solutions potentielles et les opportunités qui pourraient avoir un impact sur la mise en œuvre de l’autodépistage du VIH. Les prestataires de services qui cherchent à élaborer des programmes pour soutenir l’autodépistage du VIH devraient tenir compte des facteurs suivants :

  • L’autodépistage est une option de dépistage efficace à offrir conjointement aux méthodes de dépistage conventionnelles. L’autodépistage est efficace pour contacter les personnes n’ayant pas recours aux méthodes conventionnelles à l’heure actuelle, y compris les personnes se faisant tester pour la première fois, les personnes qui ne passeraient pas de test autrement et les personnes insuffisamment testées. L’autodépistage est également une option efficace pour les personnes qui se font tester fréquemment et qui connaissent déjà bien les messages du counseling précédant le test.
  • Les tests de sang se sont révélés plus fiables que les tests de liquide buccal pour détecter l’infection par le VIH; cependant, les gens ont préféré les prélèvements de liquide buccal aux prélèvements de sang. Les programmes de dépistage pourront aborder les préoccupations concernant les prélèvements de sang lorsqu’ils donnent des instructions se rapportant à l’autodépistage du VIH.
  • La facilitation de l’accès du public aux trousses d’autodépistage peut éliminer des obstacles se rapportant potentiellement au coût des autotests.
  • Il existe de nombreuses méthodes potentielles pour faire du counseling avant et après le test auprès des personnes souhaitant se tester elles-mêmes. Les prestataires de services qui incorporent l’autodépistage à leurs programmes peuvent soutenir les utilisateurs en offrant des ressources en matière de counseling précédant le test et suivant celui-ci. Comme plusieurs méthodes de counseling d’avant et d’après test existent, on peut adapter les approches selon les préférences des populations spécifiques visées. mHealth pourrait jouer un rôle dans l’éducation à la prévention d’après test pour les personnes dont l’autotest se révèle non réactif.
  • L’arrimage aux soins n’est pas optimal parmi les personnes ayant recours à l’autodépistage, à moins qu’une approche fondée sur des données probantes (par exemple, un suivi effectué par du personnel qualifié, lignes d’assistance téléphonique) ne soit utilisée. Il faut que des options d’arrimage aux soins soient à la disposition des personnes ayant recours à l’autodépistage. Les programmes de dépistage qui incorporent l’autodépistage dans leurs services ont un rôle à jouer pour faire un suivi auprès des utilisateurs afin de faciliter l’arrimage aux soins.

En lisant cette revue de la littérature, il est important de se rappeler les facteurs suivants :

  • La revue offre un large aperçu des défis associés à l’autodépistage du VIH, et il se peut que tous ces facteurs n’aient pas le même impact chez toutes les populations. Les prestataires de services devront tenir compte d’autres préoccupations spécifiques à leurs clientèles s’ils cherchent à mettre en œuvre l’autodépistage du VIH dans leur communauté.
  • La revue décrit des exemples d’interventions en lien avec l’autodépistage du VIH, mais elle n’évalue pas la pertinence des résultats rapportés et ne fait pas de comparaison entre les différentes interventions. Des recherches poussées aideront à déterminer quelles interventions seront les plus efficaces pour en tirer le plus de bienfaits et pour surmonter les défis liés à l’autodépistage du VIH.

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Références

  1. Agence de la santé publique du Canada. Résumé : Estimations de l’incidence et de la prévalence du VIH, et des progrès réalisés par le Canada en ce qui concerne les cibles 90-90-90 pour le VIH, 2016. Ottawa : Agence de la santé publique du Canada; 2018. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/maladies-et-affections/esume-estimations-incidence-prevalence-vih-progres-realises-canada-90-90-90.html
  2. Steehler K, Siegler AJ. Bringing HIV self-testing to scale in the United States: A review of challenges, potential solutions, and future opportunities. Journal of Clinical Microbiology. 2019; 57(11):e00257-19.
  3. Organisation mondiale de la Santé. Lignes directrices sur l’autodépistage du VIH et la notification aux partenaires : Supplément aux lignes directrices unifiées sur les services de dépistage du VIH. Genève : Organisation mondiale de la Santé; 2016. Disponible à l’adresse : https://www.who.int/hiv/pub/self-testing/hiv-self-testing-guidelines/fr/

À propos de l’auteur

Erica Lee est gestionnaire, Contenu du site Web et évaluation chez CATIE. Depuis l’obtention de sa maîtrise en sciences de l’information, Erica a travaillé dans le domaine des bibliothèques de la santé, soutenant les besoins en information des fournisseurs de services de première ligne et les utilisateurs de services. Avant de se joindre à CATIE, Erica était la bibliothécaire de l’organisme AIDS Committee of Toronto (ACT).