Vision positive

été 2012 

L’art de vivre

Peter Carlyle-Gordge se penche sur l’art traitant du VIH et les artistes séropositifs au Canada. En voici quatre de nos préférés.

 

L’art peut s’exprimer de différentes manières. Il peut être éducatif ou un appel à l’action. Il peut être rassurant ou choquant. Il peut être le reflet de notre époque et de nos passions. Il est toutefois, dans son essence, une expression de l’artiste et de son implication dans la vie.

Les artistes se sont engagés dès les débuts de l’épidémie de VIH alors qu’il y avait peu de traitement et beaucoup de terreur. Aux É.-U., le rejeton artistique de l’organisme ACT-UP, Gran Fury, a contribué à ce que les classes dirigeantes voient l’épidémie en face, nous rappelant à tous que SILENCE=MORT. Peu à peu, les politiciens et la population ont commencé à comprendre le message : arrêtons de prétendre que le sida ne fait pas des ravages et commençons à prendre des mesures pour le contrer. On devait secouer un monde trop complaisant et sectaire afin qu’il dépense de l’argent, développe des médicaments et trouve un remède.

Les artistes séropositifs canadiens et leurs alliés séronégatifs se sont également inspirés de l’épidémie. General Idea — composé de Felix Partz, Jorge Zontal et AA Bronson — est l’un des collectifs d’artistes militants du sida le plus connu du Canada. Actif de 1967 à 1994, période durant laquelle deux des membres, Partz et Zontal, sont décédés du sida, ce collectif a été le précurseur des débuts de l’art conceptuel et de l’art se basant sur les médias.

De 1987 à 1994, General Idea a abordé la crise du sida par le biais d’œuvres incluant quelque 75 projets temporaires d’art public. Sa principale installation d’art, « One Year of AZT/One Day of AZT » (Un an d’AZT/Un jour d’AZT), a été présentée au Museum of Modern Art à New York et elle est maintenant hébergée dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Le collectif provocateur est peut-être mieux connu pour son œuvre « AIDS », créée en 1989, inspiré de la célèbre image « LOVE » de Robert Indiana.

Tandis que l’art éveillait l’intérêt de la population à l’égard de l’épidémie qui faisait rage, les artistes séropositifs vivaient aux prises avec une maladie qui était, à l’époque, généralement mortelle. Pour nombre d’entre eux, l’art était leur façon de gérer cet avenir sombre et d’honorer ceux qui avaient été emportés par le sida. Bob Sirman, directeur du Conseil des arts du Canada, à Ottawa, œuvrait au sein de la communauté artistique du Canada au début de l’épidémie. Selon lui, l’art peut être thérapeutique, comme il l’explique : « Nous avons tous de la difficulté à donner un sens à notre vie. Je pense que l’art nous aide à donner une structure et une signification à notre vie lorsque d’énormes problèmes, comme le VIH, surviennent. »

L’introduction de la multithérapie antirétrovirale en 1996 a signifié que le virus pouvait être maîtrisé et les décès, évités. L’art exprimant la rage, le déni et la tristesse a été remplacé par des œuvres pleines de vie. Depuis quelque temps, une nouvelle génération d’artistes séropositifs soulève à nouveau la bannière du militantisme basé sur les arts, suivant les traces de leurs prédécesseurs. Les œuvres de quatre personnes vivant avec le VIH dont nous partageons avec vous l’histoire dans les pages suivantes illustrent cette évolution de l’art et du VIH au Canada au cours des 30 dernières années.

Lazare : Stephen Andrews

Les œuvres du célèbre artiste torontois ­Stephen Andrews sont exposées dans de nombreuses collections et galeries d’art, notamment au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. On peut maintenant avoir un aperçu de l’une d’entre elles à Toronto, à la Trump International Hotel and Tower. En effet, cet hôtel a mandaté une version en mosaïque de 950 pieds carrés de son travail, intitulée « A Small Part of Something Larger » (Un élément limité d’un ensemble plus vaste).

À ses débuts, Andrews travaillait souvent en monochromie et créait des collages, des dessins et des photos. Puis le sida a fait son apparition. Probablement séropositif depuis 1985, il est diagnostiqué en 1992.

L’année suivante, 15 amis d’Andrews sont décédés. Durant la même semaine, Andrews a enterré son partenaire, le paysagiste, écrivain et théoricien Alex Wilson, et son camarade de studio, Rob Flack, dont le travail durant la période précédant son décès était axé sur des représentations éclatantes de chakras et d’autres énergies de guérison intériorisées.

Andrews lui-même n’était pas au sommet de sa forme. « Ma santé a complètement dérapé, je perdais la vue, j’avais environ 40 lymphocytes T et mon poids oscillait autour des 100 livres », se souvient-il. Pourtant, sa personnalité qui se caractérise par une propension à voir le « verre à moitié plein » l’a aidé à conserver une attitude philosophique. « Je me disais que mon œuvre était complétée et je me résignais à l’idée que ma fin était proche. J’étais prêt à partir. » Puis, l’idée lui a traversé l’esprit, qu’en fait, il n’attendait qu’un rendez-vous avec la Grande faucheuse.

Seul son art l’encourageait à continuer et le gardait dans le moment présent. « Mon meilleur ami s’appelait le déni et je n’arrivais pas à tourner la page d’aujourd’hui, pour voir celle de demain ou d’hier. » D’ailleurs, les pages vers lesquelles Andrews se sentait attiré à cette époque étaient les notices nécrologiques du journal Xtra! Ces photos commémoratives sont ainsi devenues le point de départ de sa série « Facsimile » (Télécopie/Reproduction, voir image ci-dessus).

Série « Facsimile » (Télécopie/Reproduction), 1990–1993 (détail)
C’est au cœur de cette série que ­s’inscrivent les images tirées des notices nécrologiques de jeunes hommes et femmes décédés du sida. Avant d’être représentées sur des tableaux de cire, les images ont été télécopiées et photocopiées, effaçant lentement l’identité de chaque personne, tout comme le sida décimait la communauté. « Les personnes directement touchées par la ­pandémie considéraient cette œuvre comme un monument commémoratif. Certaines personnes ont visité pour la première fois une galerie d’art simplement pour voir le portrait des personnes qui leur étaient chères », déclare l’artiste Stephen Andrews.

« Cette série a été créée entre 1990 et 1993, à une époque où de nombreuses personnes mouraient chaque semaine et où l’ignorance générale et la peur de la maladie régnaient encore », explique Andrews. « C’était aussi avant la construction du mémorial pour le sida construit derrière le 519 Community Centre, alors j’ai eu l’idée de commémorer mes amis, mes collègues et la communauté stigmatisés. » Andrews précise que ses œuvres n’ont jamais été créées dans le but de choquer les gens. « Je pense que la [provocation] constitue une stratégie moins qu’utile pour convaincre le public d’entamer le dialogue. »

Lorsque la multithérapie a été offerte, il a ressenti ce que plusieurs ont appelé à l’époque l’effet Lazare — il a recouvré sa santé après avoir frôlé la mort. Son énergie retrouvée, le désastre prévu semblait connaître une fin heureuse après tout. « Lorsque j’ai recouvré ma santé, j’ai commencé à travailler avec des couleurs », mentionne Andrews. « Tout à coup, un avenir m’était promis et je voulais qu’il soit en couleurs » — un peu comme dans le film Le magicien d’Oz lorsque Dorothy est emportée par la tornade jusqu’au pays d’Oz et que le film passe du noir et blanc à la couleur.

Le travail artistique d’Andrews s’étend sur 30 ans et ses œuvres ont été exposées au Canada, aux É.-U., au Brésil, en Écosse, en France et au Japon. Décrivant l’évolution de ces idées au cours de cette période, Andrews dit : « Derrière toute œuvre, il y a en général un sujet d’actualité — que ce soit le sida, la guerre ou les progrès réalisés dans le domaine des technologies de surveillance. Les idées qui résument ces histoires sont comme des points épineux et les œuvres s’accumulent autour, comme des perles. »

La voix communautaire : Tiko Kerr

Les œuvres de l’artiste Tiko Kerr nous rappellent la fougue de Van Gogh et de Dali. La couleur et la lumière sont au centre de la vision de l’artiste de Vancouver, mais occupent la seconde place devant son intuition profonde du mouvement et de l’orientation spatiale. D’après Kerr, tout est vivant. Ses bâtiments sont donc penchés et déformés, menaçant de s’effondrer tandis que les rues tanguent. Les couleurs sont intenses et richement pigmentées.

Jusqu’à ce qu’il soit diagnostiqué du VIH en 1985, Kerr passait son temps à voyager entre des studios de l’Australie et de Vancouver. « Ce fut un énorme choc et, bien sûr, il n’existait aucun médicament, pas même l’AZT, pour traiter le virus. Je suis revenu au Canada et j’ai obtenu d’excellents soins à l’Hôpital St. Paul. » Son art l’a aidé à aller de l’avant, même à mesure que sa santé déclinait. Il s’est alors fixé comme objectif d’accomplir au moins une chose chaque jour. À un certain point, admet Kerr, son seul but était de sortir du lit.

Aujourd’hui, il a une nouvelle attitude face à la vie et a appris à défendre ses droits quand le besoin se fait sentir. En 2005, Kerr s’est attaqué au gouvernement canadien en exigeant l’accès à des médicaments antirétroviraux expérimentaux qui constituaient ses seules chances de survie. Essuyant d’abord un refus de la part du gouvernement, Santé Canada est revenue sur sa décision en faveur de Kerr après 10 mois d’une campagne très médiatisée. L’accès à ces médicaments expérimentaux a permis à Kerr de recouvrer sa santé et de continuer son art.

Kerr explique qu’une grande partie de son œuvre axée sur le VIH, depuis son retour en force en 2005, est constituée de représentations psychologiques de ses traitements médicaux (voir image ci-dessous) ainsi que d’une série d’autoportraits peints sur les nombreux accessoires médicaux qu’il a accumulés avec le temps — contenants de pilules, seringues et fioles — sous-produits de la multithérapie.

Artiste depuis plus de trois décennies, Kerry considère que ses œuvres sont devenues un complément l’aidant à gérer son VIH. « Lorsque le virus était en force, mon travail s’affaiblissait, mes œuvres devenant plus sombres : les thèmes abordés reflétant le calme et les scénarios, la solitude. Puis, lorsqu’un nouveau traitement médical donnait un coup de fouet à mon système immunitaire, mon travail gagnait en intensité, en complexité, en assurance et en quantité. Ces deux entités sont chacune devenues une ­nouvelle méthode pour travailler et accepter les réalités de ma vie. »

« Meditations on Compassion » (Méditations sur la compassion), 2006
Cette peinture évoque une chambre vide avec laquelle l’artiste Tiko Kerr s’est familiarisé lors de son séjour à l’Hôpital St. Paul, à Vancouver. Le seul mouvement dans la chambre, se souvient-il, était l’éclat bleuté de l’image vacillante provenant d’un téléviseur.

Kerr s’est mis à créer cette œuvre au sommet de sa colère et de sa frustration, après dix mois de lutte avec Santé Canada pour avoir accès à deux médicaments expérimentaux. Il explique : « Lorsque j’y travaillais, j’avais intitulé cette œuvre “My Government is Trying to Kill Me” (Mon gouvernement essaie de me tuer), parce que si je mourais du sida, je voulais laisser une trace de cette injustice. En janvier 2006, on m’a informé que j’aurais droit à ces médicaments et, à tête reposée, j’ai donné un nouveau nom à ma peinture. »

Bien que la créativité de Kerr puisse être influencée par le VIH, son œuvre ne s’y limite pas. « Depuis que j’ai renversé la situation avec Santé Canada, et surtout depuis que ma communauté a fait preuve de tant de soutien envers moi-même et mon œuvre, la direction qu’a prise cette dernière a évolué pour devenir de plus en plus un vecteur de la justice sociale. »

La série de Kerr intitulée « You Are Here » (Vous êtes ici), par exemple, examine la notion de ce que les Vancouvérois appellent leur chez-soi. Les peintures représentent des endroits de la Baie English : des chariots de supermarchés sous des autoroutes, une femme qui vit dans sa BMW ainsi que des édifices résidentiels dans lesquels les locataires font face à des « rénovictions » (un terme qui est apparu à Vancouver pour décrire les propriétaires qui tentent d’évincer leurs locataires en leur faisant croire qu’ils doivent rénover les logements pour ensuite hausser considérablement les loyers).

« Mon objectif a toujours été de dépeindre de façon honnête l’époque dans laquelle je vis et de donner vie aux images et aux problèmes qui font écho au sein de ma communauté, la communauté qui s’est manifestée pour me soutenir lorsque j’en avais tant besoin », explique-t-il.

Tiko Kerr et Stephen Andrews ont survécu à une époque où de nombreux autres artistes séropositifs canadiens y ont laissé leur vie. Outre le collectif General Idea de Felix Partz et Jorge Zontal, la communauté artistique du Canada a également perdu plusieurs autres membres importants qui ont été emportés par le sida, notamment le danseur de ballet autochtone Rene ­Highway, l’artiste Tim Jocelyn, le poète et universitaire Michael Lynch et le comédien terre-neuvien, Tommy Sexton.

Le radical : Jean-Pierre Pérusse

Une nouvelle génération d’artistes séropositifs a été influencée par les réalités médicales et sociales actuelles associées au virus — une plus grande espérance de vie pour les personnes séropositives qui doivent dorénavant composer avec une société où le virus a été oublié, est ignoré, ou est encore stigmatisé.

« Betty Crocker », 2008
Dans cette œuvre fantaisiste, la danseuse québécoise Cynthia Milaire incarne une femme au foyer, typique des années 50, qui s’emploie à une tâche des plus ordinaires — nourrir son bébé. La cuisine aseptisée et les gants de vaisselle en caoutchouc révèlent cependant la peur de ­l’infection. « Nous voulions montrer la stigmatisation envers même les plus jeunes vivant avec le VIH et la paranoïa ­d’attraper le virus », explique l’artiste Jean-Pierre Pérusse.

L’acteur de cinéma et de télévision montréalais, Jean-Pierre Pérusse, qui possède une formation en multimédia, en arts martiaux et en danse, a un véritable penchant pour la propagande artistique provocatrice. Actif de longue date dans le milieu du VIH et du sida, il explique qu’il aime « tambouriner aux portes fermées » et sortir les gens de leur ignorance. Il ne croit pas au « prétexte de la victime ». Il déclare : « Je veux que le monde voie qu’il est possible de vivre avec le VIH et d’avoir un but dans la vie. »

Diagnostiqué en 1996, Pérusse a été choqué par la réaction du monde du théâtre lorsqu’il a dévoilé son statut. Lors d’une production, se souvient-il, « on m’a dit qu’on ne pouvait plus m’utiliser, parce que la scène comportait un baiser. Ce rejet m’a mis en colère et m’a profondément blessé. Les gens étaient tellement ignorants. »

En 1999, Pérusse a fondé Radical 5, une compagnie qui rassemble des artistes et des techniciens de divers milieux et marie le théâtre traditionnel aux nouveaux médias afin de créer des vidéos, des spectacles et des événements d’envergure. Il a produit et dirigé de nombreux spectacles de danse théâtrale pour le Bad Boy Club de Montréal (BBCM), qui organise des fêtes de grande envergure dont les profits sont versés à des causes charitables, dont le VIH.

Le VIH a souvent été en vedette dans ses spectacles pour le BBCM. « Au début, j’incorporais le thème du sida dans le spectacle principal, celui-ci jouait le rôle du méchant que nous combattions. » Dans la version de 1999, Pérusse a entrepris de refléter la musique et la danse de l’époque du roi français Louis XIV à aujourd’hui. « L’ère du sida a été soulignée par la chanson “Why” de Bronski Beat, précédée par “Love to Love You Baby” de Donna Summer et “Sexcrime (Nineteen Eighty-Four)” de Eurythmics. »

En 2008, Pérusse s’est associé au photographe montréalais Bob Hendricks pour produire l’œuvre « Per7eption », une série d’affiches de sept photos qui représentent la façon dont les personnes vivant avec le VIH perçoivent la société et comment cette dernière les perçoit (voir image à gauche). Par exemple, l’affiche « Bond 00+ » dépeint le DJ montréalais Mark Anthony se faisant passer pour James Bond avec un verre de martini à la main, un shaker remplit de comprimés et un revolver devant lui sur la table. Le but de l’affiche, explique Pérusse, était de montrer que le public considère le VIH comme une arme fatale. « C’était aussi pour faire comprendre aux gens que le personnage de James Bond représente la façon dont un séropositif se sent parfois lorsqu’il pèse le pour et le contre de sa vie. »

Pérusse a dû changer de médicament de nombreuses fois et a souffert de multiples effets secondaires. Il est récemment parvenu à trouver une combinaison qui fonctionne bien pour lui et lui donne une énergie renouvelée. Malheureusement, son partenaire a abandonné la lutte l’année dernière et s’est suicidé par noyade. « L’art exprime qui je suis et peut m’aider à guérir. Il donne un sens à la vie et je peux m’y jeter corps et âme. »

La nouvelle militante de la vieille école : Jessica Whitbread

Ayant reçu un diagnostic du VIH il y a près de dix ans, à l’âge de 21 ans, Jessica Whitbread poursuit maintenant des études à l’Université York, à Toronto. Comme quelques-uns de ses camarades militants et artistes du début de l’épidémie, Whitbread a une approche franche de ce qu’est la vie avec le VIH et croit fermement au rôle de l’art pour à la fois provoquer et éduquer.

« Fuck Positive Women » (Couchez avec les femmes sèropositives), 2011
« Parfois les gens se réveillent lorsqu’on les provoque », déclare la cocréatrice Jessica Whitbread. « Nous souhaitions montrer qu’une femme peut être séropositive, mais aussi une mère, une amoureuse, une amie, une épouse, un être humain ».

La broderie suggère peut-être une activité traditionnellement féminine et passive, mais le message est provocant et stimulant. « Pourquoi ne peut-on pas exprimer un message pressant, cochon et puissant au sujet des femmes séropositives et de leur sexualité? » demande Allyson Mitchell, qui a collaboré avec Whitbread pour cette affiche. « Pourquoi les femmes n’ont-elles pas le droit d’être le sujet de leur sexualité plutôt que l’objet? »

Whitbread a mis ses convictions en pratique lorsqu’elle a collaboré avec l’artiste féministe queer ­Allyson Mitchell pour créer une affiche dans le cadre de la campagne de 2011 « Day With(out) Art » (Un jour avec ou sans art) menée par l’organisme AIDS ACTION NOW! L’affiche, dont l’inscription « Fuck Positive Women » (Couchez avec les femmes séropositives) visait à attirer l’attention (voir image à droite), faisait partie d’une série créée par des artistes locaux de Toronto afin de souligner les enjeux actuels associés au VIH. Fusionnant le monde des arts et du militantisme, les affiches controversées ont été collées partout à Toronto durant les semaines avant le 1er décembre (Journée mondiale du sida) afin de provoquer discussion et dialogue.

Même si la réalité de la vie avec le VIH a changé depuis les débuts de l’épidémie, les œuvres d’art créées par Whitbread et Pérusse font écho à cette époque : elles rappellent à un monde trop complaisant que le VIH touche encore de nombreuses vies. « Nous ne perdons plus autant d’artistes créatifs qu’il y a 15 ans, mais les répercussions sur la vie des personnes ont été considérables », précise le directeur du Conseil des Arts du Canada, Bob Sirman. « Le VIH a touché presque tout le monde, et pas seulement les artistes qui vivaient avec le virus. »

Sirman indique que l’art peut être un moyen pour les personnes de donner un sens à ce qui semble être aléatoire et chaotique. « Que ce soit par la peinture, le théâtre, l’écriture, le cinéma ou la danse, l’art peut être un outil puissant pour encadrer et exprimer un récit de vie et lui donner un sens et une structure. Si l’art peut aider l’artiste à donner un sens à sa vie, alors, bien entendu, il est synonyme de guérison aussi ».

 

Le Winnipégois Peter Carlyle-Gordge est un ancien rédacteur du Macleans, Time Canada et The Financial Post. Il a également travaillé comme annonceur à la radio et réalisateur pour CBC et est un ancien correspondant du R.-U pour The Toronto Star. Dans les années 80, il était le président de la clinique Village (maintenant appelée Nine Circles Community Health Centre), un joueur clé dans l’épidémie de VIH au Manitoba.

La vision positive de l’art

Vision positive célèbre depuis longtemps la vie et l’œuvre des artistes séropositifs canadiens. L’article « Plus qu’un gars moyen » du numéro printemps/été 2005 présentait une entrevue avec le célèbre artiste de Vancouver, Joe Average. Celui-ci a créé l’image « One World, One Hope » (Un monde, un espoir) pour la XIe Conférence internationale sur le sida qui s’est tenue dans sa ville natale en 1996 et durant laquelle les conclusions des premiers traitements anti-VIH efficaces ont été présentées. Postes Canada a par la suite fait tirer un timbre de cette image.

La chronique Art positi+f qui paraît dans chaque numéro de Vision positive relate les histoires des artistes vivant avec le VIH et a mis en vedette les Montréalaises Shayo et Laurette Lévy, le ­Haligonien Simon Thwaites, les artistes autochtones Ron Horsefall et Wabishki Myeengun, et de nombreux autres.