Vision positive

été 2012 

VIHsuel : Norme de compassion

Dan Small revient sur la décision unanime rendue par la Cour suprême l’automne dernier de maintenir Insite en activité.

 

Cette photo de la marquise d’une humble église du noyau central de la ville de Vancouver a été prise lorsque le seul site d’injection supervisée de tout le continent, Insite, était menacé de fermeture par le gouvernement fédéral conservateur du Canada. Il y a quelques années, cette même église avait célébré un service commémoratif pour un membre très apprécié de la communauté qui était décédé du sida parce que l’injection sécuritaire et la réduction adéquate des méfaits étaient arrivées trop tard pour lui. Le pasteur avait alors demandé aux personnes présentes de « remercier le Seigneur pour le site d’injection supervisée ».

L’organisme à but non lucratif qui dirige Insite, la PHS Community Services Society, s’est tourné vers les tribunaux en dernier recours pour protéger ce site qui sauve des vies. Cette stratégie ambitieuse a forcé les tribunaux à examiner si la dépendance était une question criminelle ou de santé. Ce qui s’ensuivit fut une lutte entre le gouvernement du Canada, qui a déployé de vastes ressources juridiques, et un organisme caritatif qui dépendait d’avocats bénévoles pour défendre Insite. S’il perdait le procès, Insite, un endroit qui aide à prévenir les décès résultant de surdoses, du VIH et de l’hépatite C, serait forcé de fermer ses portes. On misait le tout pour le tout.

Le 30 septembre 2011, le plus haut ­tribunal du Canada a rendu un jugement unanime en faveur d’Insite et a décrété que la ­toxicomanie relevait du chef du service médical plutôt que du chef de police. Le tribunal a lancé un message clair : la puissance politique ne peut être utilisée arbitrairement lorsque des vies sont en jeu. La Cour suprême a donc ordonné au ministre fédéral de la Santé de permettre à Insite de demeurer ouvert.

Ce jugement ouvre la voie à l’injection supervisée dans d’autres communautés dans le cadre de la norme de soin pour ­combattre les surdoses, l’hépatite C et le VIH. Des données probantes du secteur médical, scientifique et juridique prouvent l’efficacité des sites d’injection supervisée. La Cour suprême du Canada a démontré que dans notre pays, tout le monde — même les consommateurs de drogues injectables les plus touchés vivant à l’ombre de la société — est un membre à part entière de la famille humaine, avec des droits fondamentaux les protégeant et leur permettant d’avoir accès à des soins de santé vitaux. Non seulement ce jugement a fait ressortir une norme de soin, mais il a également souligné une norme de compassion.

Dr Dan Small, gestionnaire principal au sein de la PHS, a participé à la création, à la mise en œuvre et à la défense d’Insite.