Vision positive

hiver 2008 

Gare à la grippe

Pour beaucoup de PVVIH, le vaccin antigrippal fait partie de leur stratégie pour déjouer cette méchante bibitte chaque hiver. Suzanne MacCarthy fait le point sur une étude canadienne qui vise à rendre le vaccin plus efficace encore.

QUE CE SOIT LA SOUPE AU POULET DE MAMAN ou une double dose de vitamine C, chacun a son « remède » personnel pour échapper à la grippe. Lorsque ces tactiques échouent et que reniflements, frissons et douleurs prennent le dessus, la plupart des gens traitent la grippe comme une nuisance indésirable et désagréable. Mais pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli, la grippe peut prendre des dimensions beaucoup plus importantes.

Selon le Dr Curtis Cooper, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital d’Ottawa, la grippe est responsable en moyenne de 20 000 hospitalisations et 4 000 décès par année au Canada — principalement parmi les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Il nous explique que chez les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH), la grippe peut entraîner de graves complications, comme par exemple la pneumonie, mais aussi parfois la mort. Elle peut aussi durer plus longtemps chez ces personnes et entraîner des hospitalisations pour troubles cardiaques et pulmonaires.

Avec la saison de la grippe à la porte, le Dr Cooper nous donne un précieux conseil : « Prévention, prévention, prévention ».

José Sousa, dont le diagnostic de VIH remonte à 1985, nous dit qu’il prend « beaucoup de vitamine C pour prévenir ou raccourcir la durée de la grippe ». Serveur de restaurant, José Sousa est conscient du fait qu’il s’expose inévitablement à toutes sortes de maladies contagieuses, et c’est pourquoi il essaie de prendre bien soin de lui-même. Selon José, le vaccin antigrippal fait partie intégrante de sa stratégie pour rester en bonne santé, et il compte bien faire son possible pour se faire vacciner cette année.

Le Dr Cooper convient que la vaccination est une des meilleures façons de se protéger contre des souches spécifiques du virus de la grippe. On recommande tout particulièrement aux PVVIH de se faire vacciner contre la grippe chaque année. « Si [votre charge virale] est indétectable, vous ne devriez pas souffrir des pires symptômes », nous dit José, qui préside également le comité consultatif communautaire du Réseau canadien pour les essais VIH; celui-ci a pour mandat de faire connaître le point de vue de la communauté VIH/sida sur les recherches cliniques dans ce domaine. « Mais si votre système immunitaire est affaibli, vous risquez de souffrir davantage de la grippe, quel que soit votre âge. »

Le vaccin contre la grippe est considéré comme la norme de soins pour les personnes infectées par le VIH et, dans l’ensemble, ses bienfaits l’emportent sur son coût. Les effets secondaires associés à la vaccination incluent de la douleur au site d’injection, de l’enflure et de la rougeur. Certaines personnes éprouvent de brefs épisodes de fièvre et de douleur.

Malgré l’efficacité du vaccin, le Dr Cooper et ses homologues ont observé que celui-ci ne protège pas toujours contre le virus et que le nombre de cas de grippe parmi les PVVIH demeure relativement élevé au Canada.

Deux piqûres pour vaincre la grippe

Conscients du fait que le vaccin annuel n’est pas infaillible, le Dr Cooper et une équipe de chercheurs canadiens examinent actuellement une approche novatrice visant à maximiser l’efficacité du vaccin antigrippal chez les PVVIH. Dans le cadre de cette étude, ils examinent si l’injection de doses multiples du vaccin pourrait augmenter la protection contre la grippe.

Cet automne, des bénévoles séropositifs admissibles de tout le pays se sont inscrits à l’étude et ont reçu au hasard diverses doses du vaccin Fluviral pour aider les chercheurs à trouver la stratégie thérapeutique la plus efficace. L’étude CTN 237 prévoit recruter 285 personnes dans des cliniques de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de l’Ontario, du Québec et de la Nouvelle-Écosse.

« Les études qui s’intéressent aux stratégies de vaccination antigrippale pour les personnes vivant avec le VIH sont rares, nous dit José Sousa. Cette étude nous aidera à déterminer si une dose double du vaccin ou une injection de rappel produiront suffisamment d’anticorps dans l’organisme pour lutter contre la grippe. »

En plus d’être utiles aux PVVIH, le Dr Cooper explique que les résultats de cette étude pourraient aussi servir à d’autres personnes dont le système immunitaire est affaibli. « Nous avons hâte de voir si les résultats de cette étude sont applicables à d’autres groupes de personnes, y compris les patients recevant des corticostéroïdes, les personnes souffrant de maladies auto-immunes, les receveurs de greffes d’organes et les personnes atteintes d’un cancer », dit-il.

En attendant qu’on trouve une stratégie qui permette d’éviter entièrement la grippe, le Dr Cooper continue d’encourager ses patients à prendre des précautions, en plus du vaccin. Il est essentiel de se laver souvent les mains à l’eau et au savon, déclare-t-il. Si cela n’est pas possible, on peut utiliser du liquide désinfectant alcoolisé ou de petits essuie-mains contenant entre 60 et 90 pour cent d’alcool éthylique ou d’alcool isopropylique. Il est particulièrement important de se laver ou de se désinfecter les mains après s’être touché les yeux, le nez ou la bouche.

Qu’il teste de nouvelles stratégies de vaccination ou offre des conseils à ses patients, le Dr Cooper insiste pour que les PVVIH prennent les précautions qui s’imposent pour se protéger contre les périls de la grippe. « La première chose à faire pour éviter cet affreux virus consiste à vous faire vacciner gratuitement par votre professionnel de la santé. »

Pour en apprendre plus sur l’étude sur la vaccination antigrippale (CTN 237), visitez www.hivnet.ubc.ca ou composez le 1.800.661.4664. Pour obtenir des renseignements généraux sur la grippe et les cliniques locales qui offrent le vaccin antigrippal annuel, visitez le site Web de l’Agence de la santé publique du Canada, ou adressez-vous à votre fournisseur de soins.

Suzanne MacCarthy est coordonnatrice des communications et de l’information au Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC, à Vancouver. Ses aventures dans la lutte contre le VIH l’ont amenée du Swaziland à la Colombie-Britannique, en passant par la magnifique île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Illustration : Mark Stay/iStockphoto.com

Ordonnance médicale

Si jamais vous attrapez la grippe, les quelques conseils suivants du Dr Curtis Cooper pourraient vous être utiles :

Restez à la maison et reposez-vous.

Buvez beaucoup de liquides (de l’eau et des jus de fruit, par exemple) et évitez les boissons alcoolisées. En cas de fièvre, il important de boire beaucoup pour éviter la déshydratation.

Pour soulager la congestion nasale, il peut être utile de respirer l’air humide d’une bonne douche chaude. La soupe au poulet et aux nouilles peut également aider à liquéfier le mucus.

Du thé chaud avec du citron et du miel soulage les maux de gorge.

Sucez une pastille contre la toux ou un simple bonbon dur pour soulager la toux.

Au besoin, appelez votre fournisseur de soins.