Vision positive

hiver 2011 

Pause-Jasette : Témoignages de reconnaissance

Des études démontrent que la gratitude peut améliorer votre santé et vous rendre plus heureux en renforçant votre système immunitaire et votre optimisme. Quatre personnes séropositives partagent leur reconnaissance avec nous. Et vous, de quoi êtes-vous reconnaissant?

entrevues réalisées par RonniLyn Pustil

JOHN BISHOP, 62 ans

Vancouver
Diagnostic du VIH reçu en 1999
Compte de CD4 : 500
Charge virale : indétectable

JE MÈNE UNE BONNE VIE. J’ai la chance d’avoir de très bonnes personnes dans mon entourage. C’est l’une des choses que je chéris le plus : ma famille et mes amis. C’est grâce à eux que je ne suis pas devenu fou et ils sont toujours là quand j’ai besoin d’aide. En vieillissant, notre réseau de soutien devient essentiel à notre bien-être.

Je suis reconnaissant de vivre à une époque où j’ai accès à des traitements anti-VIH améliorés. Quand je suis devenu séropositif en 1999, j’ai commencé immédiatement à prendre des médicaments. Ils me rendaient malade, alors j’ai cessé d’en prendre tout en continuant de surveiller mes analyses sanguines. Il y a deux ans, mon taux de CD4 a atteint 250, j’ai donc recommencé à prendre des médicaments. À l’exception d’un peu de diarrhée, je n’ai eu aucun problème. À l’époque, en 1999, je n’aurais jamais imaginé pouvoir profiter d’une telle qualité de vie. Aujourd’hui, j’ai l’impression que si je prends soin de moi-même, je peux profiter d’une vie riche et bien remplie. J’espère vivre encore 20 ans.

Je suis reconnaissant de vivre en Colombie-Britannique. Notre système de soins de santé est le meilleur en Amérique du Nord et, à mon avis, au monde. Mon médecin, l’hôpital et la clinique d’immunodéficience sont tous accessibles à pied de chez moi. Le sentiment d’appartenance est très fort ici.

J’exprime ma reconnaissance en participant à la vie communautaire. Faire du bénévolat à la British Columbia Persons With AIDS Society (BCPWA) est l’un des éléments essentiels de mon bien-être. Ce travail donne un sens à ma vie. J’ai la chance d’avoir droit à une pension complète de mon employeur, ce qui m’offre la liberté de rendre à la communauté les bienfaits qu’elle m’offre sans me soucier de mes revenus.

CE QUI ME REND LE PLUS RECONNAISSANT, C’EST MON COMPAGNON, Barry. Il me soutient d’une façon incroyable et il s’occupe de nombreuses tâches ménagères, me libérant ainsi pour faire mon bénévolat. Je ne lui dis pas assez souvent combien je l’aime.
 

BELIEVE MABHINDU DHLIWAYO, 39 ans

Mississauga, Ontario
Diagnostic du VIH reçu en 1993
Compte de CD4 : plus de 650
Charge virale : indétectable

JE SUIS RECONNAISSANT des occasions qui m’ont été offertes ici, au Canada, et qui m’ont permis de vivre plus facilement avec le VIH. Cependant, vivre avec ce virus n’est pas facile et ne le sera jamais. Vivre avec le VIH est un art qui s’apprend avec le temps. À cause de différents facteurs et difficultés, certains ne réussissent pas à vivre avec. Donc, est-ce que je suis reconnaissant? OUI! Particulièrement pour les choses suivantes :

J’ai la chance de vivre : j’ai perdu la plupart de mes amis atteints du sida dans mon pays en Afrique. Je suis reconnaissant envers le gouvernement du Canada d’offrir des ressources qui permettent aux gens d’avoir une vie saine et enrichissante. J’ai des amis et une compagne de vie qui me soutiennent beaucoup. J’ai toujours voulu me ranger, me marier et aller à l’université. Je suis reconnaissant d’avoir une famille, malgré le stigmate selon lequel les personnes séropositives ne devraient pas se marier ni avoir d’enfants. Et je suis déterminé à finir mes études et à vivre pleinement ma vie.

La disponibilité des ressources : je suis reconnaissant d’avoir accès aux ressources essentielles, comme de la nourriture, un toit et des occasions d’emploi, même si des barrières systémiques s’élèvent encore parfois.

L’accès au traitement : JE SUIS TRÈS RECONNAISSANT D’AVOIR ACCÈS AU TRAITEMENT. Quand je suis arrivé au Canada en 2005, mon compte de CD4 était de 90 et ma charge virale dépassait 1 200. Les médecins ont pris le temps de me convaincre qu’il était important que je prenne soin de moi pour pouvoir continuer à prendre soin des autres.

La diversité et l’intégration : j’ai rencontré des gens extraordinaires de partout dans le monde et j’ai travaillé avec eux dans la lutte contre le VIH/sida. J’ai visité des lieux, pour des conférences, que je n’aurais jamais vus si je n’étais pas séropositif.

J’exprime ma gratitude en passant du temps avec ma famille et en offrant temps et énergie à la communauté pour augmenter les efforts de prévention et promouvoir des façons efficaces de lutter contre le VIH/sida dans les communautés minoritaires de Toronto. Je ne serai jamais trop occupé pour aider ou soutenir les nouveaux arrivants séropositifs dans le besoin.
 

MICHAEL BURTCH, 28 ans

Ottawa
Diagnostic du VIH reçu en 2005
Compte de CD4 : 426
Charge virale : indétectable

JE SUIS LE FILS de ma mère et j’en suis reconnaissant. Ma mère Heather est une divorcée endurcie des années 1980, une maman monoparentale qui travaille tout en prenant soin de ses trois enfants. Elle est aussi experte en friperies : quand j’étais jeune, elle remplissait ses placards de boucles d’oreille à pinces étincelantes, de chaussures à talons hauts et de toutes les choses dont un garçon gai de cinq ans pouvait avoir besoin pour se travestir et célébrer les femmes fortes de sa famille. Ma mère m’a montré ce que ça signifiait d’être une femme et elle m’a aussi appris à être un homme.

Ce que j’ai appris en regardant sa force et sa sérénité, ses batailles contre le sexisme et le machisme et son amour pour l’éducation me sont revenus lorsque j’ai été diagnostiqué. Si je ne m’étais pas imprégné des nombreuses démonstrations de courage de ma mère, j’aurais pu perdre mon sentiment d’identité et me perdre moi-même sous le joug du VIH.

J’ai plutôt fait ce que ma mère a fait il y a 26 ans lorsqu’elle s’est libérée d’un mauvais mariage. Je me suis levé et j’ai combattu. Je me suis engagé dans des collectes de fonds et dans l’activisme associés aux organismes et aux problèmes qui touchent ma communauté. J’ai aussi commencé à tenir un blogue sur positivelite.com où je raconte mon expérience en tant qu’homme ouvertement gai et séropositif. J’ai rencontré des gens que j’admire et qui me donnent envie de devenir meilleur. Je suis reconnaissant pour les relations nouées avec chacun d’eux. Mais MA PLUS GRANDE RECONNAISSANCE VA À MA MÈRE, pour l’exemple qu’elle m’a donné. Elle est, et sera toujours, mon idole.
 

JOANNE SCHINGH, 44 ans

Windsor, Ontario
Diagnostic du VIH reçu en 1997
Compte de CD4 : 864
Charge virale : indétectable

IL Y A TANT DE CHOSES pour lesquelles je suis reconnaissante.

J’ai avec moi une magnifique fille et un bon fils. J’ai une merveilleuse relation avec un homme qui m’aime et me soutient. J’ai une famille près de moi, qui est toujours là quand j’ai besoin d’elle. J’ai des amis séropositifs qui m’inspirent, m’aident à garder ma force et me rappellent que je ne suis pas seule.

J’ai une maison formidable qui laisse le froid à l’extérieur et m’offre la tiédeur du lit quand mon corps n’en peut plus. J’ai mes deux mains qui font du bon travail et mes deux yeux, même s’ils ne voient pas aussi loin que je le voudrais. J’ai un coeur généreux que je montre aux personnes qui me sont chères.

Après 13 années de séropositivité, je suis encore en santé. JE SUIS TOUJOURS RECONNAISSANTE À DIEU DE M’ACCORDER UNE JOURNÉE DE PLUS. Être atteinte du VIH m’a rendue plus reconnaissante pour tant de choses. Je ne tiens plus rien pour acquis.

J’exprime ma gratitude en rendant des services à la communauté : je suis un mentor auprès de mes pairs, je siège au conseil de direction de l’organisme de lutte contre le sida de ma ville, je fais du travail d’éducation et de prévention et plus encore.

Je remercie le Comité SIDA d’Ottawa, qui m’a tendu les bras et m’a sécurisée. J’y ai rencontré beaucoup de femmes extraordinaires. L’une d’entre elles est devenue mon mentor. Elle était là pour me rassurer. Elle m’a fait découvrir plusieurs autres organismes sida, dont Voices of Positive Women. Cet organisme m’a ouvert les yeux : j’étais stupéfaite de voir tout le travail accompli par ces femmes pour faire entendre nos voix. C’est là que j’ai appris le sens du mot « engagement ».

Je suis la personne que je suis grâce à ces organismes et aux amis que j’ai rencontrés en chemin. Un grand merci à vous tous. Il n’est peut-être pas possible de guérir encore, mais j’ai le pouvoir et la force de tenir bon.

Photographie : Ryan Moore

 

Travaillez-vous dans le domaine du VIH ou de l’hépatite C?
Veuillez remplir un court sondage pour donner votre rétroaction sur CATIE et votre nom pourra être inscrit à un tirage pour gagner une carte-cadeau.