Vision positive

printemps 2008 

Pause-Jasette : Qu’est-ce qui m’apporte JOIE et BONHEUR au quotidien?

par RonniLyn Pustil

LAURA, 37 ans

Membre du conseil d’administration du GNP+NA
Membre du Projet Action Sida Femmes de Montréal
Diagnostic reçu en 2005

Le simple fait d’imaginer, de planifier et de réaliser toutes sortes de projets m’apporte beaucoup de joie.

Recevoir un diagnostic de VIH change une vie. Pour moi, ce changement a eu de nombreuses répercussions positives. Maintenant, je pense activement à la notion de joie. Je recherche et cultive les moments de bonheur. Je suis émue par des choses qui, il n’y a pas si longtemps, m’auraient sans doute laissée indifférente. C’est comme si j’avais été frappée par la foudre et que depuis mon existence était baignée d’une lumière nouvelle. Je laisse la vie suivre son cours et je savoure toutes les occasions de bonheur qui s’offrent à moi, mais en même temps, je fonce et entreprends un tas de choses. Je m’accepte, je m’estime et j’évite d’être trop dure avec moi-même, et cela m’apporte beaucoup de joie.

On pourrait dire que LE VIH M’A AMENÉE À RENCONTRER L’AMOUR DE MA VIE. MOINS DE DEUX ANS APRÈS MON DIAGNOSTIC, JE ME SUIS FIANCÉE. Nous planifions actuellement notre mariage… c’est toute une aventure, mais qui nous remplit d’une joie immense.

Je suis également pleine d’espoir à la perspective de fonder une famille. C’est un bonheur que je savoure dans la contemplation. Nous ne pouvons pas savoir combien d’enfants il nous sera donné d’aimer — pas seulement à cause du VIH, mais d’un point de vue biologique, cosmique — alors c’est pour moi une véritable source d’émerveillement.

Le VIH m’a permis de découvrir l’existence d’une incroyable solidarité féminine, des femmes du monde entier qui collaborent et puisent leur force dans l’action collective et le soutien mutuel. Je retire beaucoup de joie du soutien bienveillant que m’offrent mes amies intimes et, à mon tour, je les soutiens et je m’intéresse vivement à leurs accomplissements et aux moments importants de leur vie.

La vie est courte et j’entends bien faire en sorte qu’elle soit douce et agréable.

ROBERTA ALLEN, 68 ans

Tutrice, bénévole
Halifax
Diagnostic reçu en 1999

Je puise ma joie dans le pouvoir et le contrôle que j’exerce sur ma propre vie. Cela n’a pas toujours été le cas, mais aujourd’hui je ne renoncerais à ce pouvoir pour rien au monde. Je suis une survivante. J’ai traversé de nombreuses épreuves au cours de ma vie et, chaque fois, j’en suis ressortie plus forte et plus déterminée à être la meilleure personne que je puisse être et à n’accepter rien de moins que le meilleur. Lorsque je n’obtiens pas un traitement convenable auprès d’un médecin, je change de médecin. J’encourage, d’ailleurs, les autres à faire de même. Je ne permets à personne de me dire ce que je ne peux pas faire — aussi bien sur le plan médical que dans les autres sphères de ma vie.

Le simple fait de me lever chaque matin et d’accomplir ma routine quotidienne me remplit de joie. Je frise mes cheveux tous les jours –parce qu’ils sont raides comme de la broche, je m’alimente sainement, je donne des leçons particulières deux matins par semaine, je fais de la couture et de l’artisanat et JE MARCHE 160 KILOMÈTRES CHAQUE MOIS. LA MARCHE A SUR MOI UN EFFET VIVIFIANT. Je retire également beaucoup de joie du formidable soutien que m’apportent ma famille et mes amis et je leur en suis reconnaissante.

J’ai déniché une naturopathe absolument fabuleuse. Elle m’aide à détoxiquer mon foie et à me sentir bien. Je n’ai pas toujours été capable de dire que je me sentais bien, à cause de ma peur de devenir subitement gravement malade, mais maintenant quand quelqu’un me demande : « Comment vas-tu? », je lui réponds : « Bien, merci. ». Et, cela me procure beaucoup de joie.

TOM PANKRIL, 39 ans

Enseignant
Toronto
Diagnostic reçu en 1998

L’une des choses dont j’ai vraiment pris conscience depuis que je suis porteur du VIH est l’importance de la nutrition — ou plus précisément de ce que je mets dans mon corps. Consommer des aliments sains chaque jour m’apporte de la joie, qu’il s’agisse de préparer un savoureux repas composé d’ingrédients frais ou d’opter pour un muffin au son plutôt qu’un muffin double chocolat. J’ai le sentiment que les choix alimentaires que je fais chaque jour contribuent grandement à mon bien-être.

Le fait de me rendre à l’épicerie ou au marché et de choisir des produits sains — des tomates fraîches plutôt que des tomates en conserve, des fèves fraîches plutôt que des fèves surgelées — est pour moi un rituel qui me comble de joie. Sans compter tout le bonheur que me procure la préparation des repas. IL N’Y A RIEN COMME PRENDRE LE TEMPS DE PRÉPARER UN DÉLICIEUX REPAS, et je m’efforce toujours de privilégier les légumes frais cuits à la vapeur, plutôt que les légumes congelés cuits au micro-ondes.

Je m’estime particulièrement chanceux lorsque j’ai l’occasion de manger en bonne compagnie, qu’il s’agisse de dîner avec des collègues ou de prendre un repas avec les membres de ma famille.

Exception faite de mon chien, c’est là un de mes plus grands bonheurs.

Pour en savoir plus sur les façons d’accroître le « quotient nutritionnel » de vos repas, consultez l’article intitulé « À la conquête de la cuisine ».

BOITUMELO, 31 ans

(Ou « Boi »)
Vente et marketing
Colombie-Britannique
Diagnostic reçu en 2005

Je trouve du bonheur dans le fait d’accorder la priorité à ma santé et à ma propre personne.

Je trouve du bonheur dans le fait de savoir qu’il est possible d’accomplir cette mission consistant à m’accorder la priorité.

Je trouve de bonheur dans le fait de dormir suffisamment et de me sentir fraîche et dispose à mon réveil.

Je trouve du bonheur dans le fait d’être entourée de gens compréhensifs. Être une immigrante séropositive est l’une des choses les plus difficiles avec lesquelles j’ai eu à composer dans ma vie. J’étais terrifiée et désemparée, mais maintenant je sais qu’il y a de l’aide, cela me rassure et me procure une grande joie. J’ai tissé des liens avec des organismes de lutte contre le sida, un spécialiste et beaucoup d’autres personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH). Aujourd’hui, certaines de ces personnes sont devenues ma famille.

J’éprouve de la joie lorsque je pratique le yoga, la méditation, la salsa et la danse du ventre, et lorsque je me trémousse au rythme des musiques de mon pays, le Botswana.

JE TROUVE DU BONHEUR DANS LE FAIT D’AVOIR UNE ALLURE FABULEUSE LORSQUE JE CHAUSSE MES TALONS AIGUILLES ET QUE J’ENFILE MA PETITE ROBE NOIRE.

Je ressens une grande joie lorsque je retrouve mes copines pour parler, rire, échanger sur un tas de sujets et oublier un instant que je suis séropositive.

J’éprouve du bonheur quand je regarde la photo de ma sœur — qui est toujours au Botswana — avant d’aller au lit.

J’éprouve du bonheur à me regarder dans le miroir et à me dire à moi-même : « Gatela pele ngwana wa mosetsana! » (« Lâche pas ma vieille! »).

Je trouve du bonheur dans le fait d’être au Canada — un endroit sûr où je sais qu’on me fournit d’excellents soins médicaux, un endroit où quelqu’un interviendra si je suis victime d’abus. On m’a violée dans mon pays et pendant longtemps j’ai été très en colère. J’ai travaillé très fort pour me rendre où je suis. Je n’oublierai jamais ce sinistre événement, mais je me suis libérée de ma colère et j’entrevois l’avenir avec confiance.

J’éprouve du bonheur à partager mon histoire. Il n’y a pas si longtemps, je n’arrivais même pas à prononcer les mots « viol » ou « VIH ».

Je puise ma joie dans le fait de comprendre que je mérite d’être heureuse et que je ne dois d’explications à personne pour ce qui m’est arrivé et ce qui se passe actuellement dans ma vie. Je puise ma joie dans le fait d’avoir retrouvé mon pouvoir.

Mais, ce qui me procure le plus de bonheur au quotidien, c’est l’application de cette devise : « Regarde devant toi et non derrière. »

Illustrations : Patricia Storms