TraitementActualités
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juin 2019 

Le patient souvent oublié de Düsseldorf

Le patient de Londres dont nous parlons dans ce numéro de TraitementActualités n’est pas la seule personne dont l’infection au VIH est entrée en rémission. Des chercheurs de la ville allemande de Düsseldorf ont rendu compte des résultats provisoires obtenus auprès d’un patient séropositif qui est entré en rémission à la suite d’une greffe de moelle osseuse provenant d’un donneur porteur de la mutation génétique rare delta-32. La présence de cette mutation fait en sorte que la personne n’a pas de corécepteur CCR5 (R5) sur ses cellules, ce qui les rend plus résistantes à l’infection par la plupart des souches du VIH.

Le cas du patient de Düsseldorf

En octobre 2010, un homme de 42 ans de Düsseldorf a fait l’objet d’un diagnostic d’infection au VIH. Ses médecins lui ont prescrit le régime de médicaments anti-VIH (TAR) suivant :

  • darunavir + ritonavir + TDF + FTC

En janvier 2011, l’homme s’est fait diagnostiquer une leucémie myéloïde aiguë, soit un cancer des globules blancs produits par la moelle osseuse. Les médecins ont ensuite changé son TAR pour la combinaison suivante :

  • raltégravir (Isentress) + TDF + FTC

Isentress appartient à une classe de médicaments appelés inhibiteurs de l’intégrase. La plupart des inhibiteurs de l’intégrase ont tendance à avoir peu d’interactions avec d’autres médicaments, surtout en comparaison avec le darunavir et le ritonavir, deux membres de la classe de médicaments appelés inhibiteurs de la protéase. Les médecins ont prescrit une chimiothérapie et souhaitaient l’absence d’interactions avec le TAR, car le maintien de la suppression du VIH aiderait le système immunitaire à se battre contre le cancer. Le patient avait une charge virale inférieure à 40 copies/ml.

Après cinq rondes de chimiothérapie, le patient est entré en rémission, mais il a fait une rechute en 2012. Les médecins lui ont alors prescrit trois rondes de nouvelles combinaisons de chimiothérapie, mais celles-ci ont échoué à vaincre le cancer.

Les médecins ont ensuite décidé de décimer le système immunitaire du patient et de lui donner une greffe de cellules souches afin qu’un nouveau système immunitaire puisse en émerger. Les médecins ont trouvé un donneur qui avait la mutation rare delta-32 ainsi qu’un profil génétique semblable à celui du patient de Düsseldorf.

Les médecins ont prescrit un régime de conditionnement pour tenter de détruire la leucémie et la moelle osseuse du patient afin que les cellules souches greffées puissent s’implanter pour de bon.

Après la greffe

La greffe de cellules souches a réussi, le cancer du patient s’est résorbé et un nouveau système immunitaire a été créé. Même si le patient avait toujours maintenu une bonne observance thérapeutique du TAR avant et après sa greffe de cellules souches, son compte de CD4+ était inférieur à 260 cellules/mm3 en 2014, alors que sa charge virale se situait encore sous la barre des 40 copies/ml.

Au milieu de 2014, les médecins ont remplacé le TAR du patient par la combinaison suivante :

  • dolutégravir + abacavir + 3TC (les trois médicaments dans un seul comprimé appelé Triumeq, pris une fois par jour)

En 2015, le compte de CD4+ du patient a commencé à augmenter pour atteindre 400 cellules/mm3 avant la fin de l’année. En octobre 2018, sa charge virale était encore supprimée, et son compte de CD4+ avait grimpé jusqu’à 650 cellules/mm3.

À la recherche du VIH

À la suite de la greffe de cellules souches et de la création du nouveau système immunitaire du patient, des médecins à l’Université de Düsseldorf ont effectué des analyses ultrasensibles de son sang et de ses ganglions lymphatiques et n’ont décelé aucune trace de VIH. Étant donné les limites de la technologie actuelle pour déceler du VIH résiduel, la seule façon de confirmer que le VIH était éradiqué consistait à arrêter le TAR et à suivre le patient pendant plusieurs années, tout en continuant d’effectuer des tests de laboratoire complexes. Ainsi, en novembre 2018, le patient et ses médecins ont décidé de mettre fin au TAR.

Le patient continue de faire l’objet d’une surveillance médicale intensive. Durant au moins cette période initiale, il se fait prélever du sang deux fois par semaine afin que l’on puisse déceler des traces éventuelles du VIH. Une fois par mois, les chercheurs effectuent des analyses complexes de son système immunitaire afin de pouvoir déceler des cellules infectées par le VIH ou encore des signes que les cellules CD4+ et CD8+ sont entrées en contact avec le virus.

Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé de trace de VIH, et le système immunitaire du patient est en bonne santé. Si les médecins de Düsseldorf continuent de ne déceler aucune trace de VIH pendant plusieurs années de suivi additionnelles, il est possible qu’ils déclarent cet homme guéri. Pour le moment, cependant, il est considéré comme en rémission, ce qui est très prometteur en soi.

Ressource

Le Consortium de recherche sur la guérison du VIH (CanCURE)

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Jensen B-E, Knops E, Lübke N, et al. Analytic treatment interruption (ATI) after allogenic CCR5 delta-32 HSCT for AML in 2013. In: Program and abstracts of the Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 4 – 7, March 2019, Seattle, Washington. Abstract 394.
  2. Kobbe G, Kaiser R, Knops E, et al. Treatment of HIV and AML by allogeneic CCR5-d32 blood stem-cell transplantation. In: Program and abstracts of the Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 22–25 February 2016, Boston, MA. Abstract 364.